Communiqué récent
Quel futur pour la Société Européenne de Cardiologie ? Professeur Michel KOMAJDA Président Elu de la Société Européenne de Cardiologie
Quel futur pour la Société Européenne de Cardiologie ?La Société Européenne de Cardiologie a connu un succès fulgurant au cours des quinze dernières années. Actuellement, elle comporte 51 pays membres, près de 58 000 adhérents, 5 associations, 5 councils et 19 groupes de travail.Elle s’est imposée au fil des années comme l’un des grands partenaires internationaux dans le domaine des pathologies cardiovasculaires. Le succès de ses congrès annuels est considérable, l’assistance y est devenue la plus importante au monde devant les congrès de l’AHA et de l’ACC. |
Dans ce contexte de « Success Story », quelles sont les nouvelles lignes de développement à attendre dans les prochaines années ?
1) Relations avec les Sociétés Nationales :
Du fait de sa croissance rapide, les liens entre la Société Européenne de Cardiologie centrale et ses membres constitutifs, les Sociétés Nationales, se sont un peu distendus. Il apparaît donc nécessaire de réapprofondir le dialogue et la collaboration avec nos 51 Sociétés Nationales.
A cet égard il faut prendre en compte l’extrême hétérogénéité d’une Société Nationale à l’autre par sa taille, ses traditions, son ancienneté. Il me semble que notre devoir premier est de tout faire pour que les Sociétés les plus récentes, celles qui sont implantées dans des pays en transition économique, se développent et rejoignent la qualité scientifique des Sociétés plus anciennes qui ont construit au fil des années une infrastructure solide et efficace. A cet égard, la demande des pays d’Europe de l’Est et du pourtour méditerranéen est grande. La Société Européenne de Cardiologie a indiscutablement une carte à jouer en produisant des instruments scientifiques de grande qualité. Bien évidemment, la condition de leur diffusion est la traduction dans la langue nationale, l’anglais étant seulement utilisé comme langue véhiculaire. Cette appropriation des outils scientifiques produits par la Société Européenne de Cardiologie implique donc un effort financier afin de permettre une traduction dans la langue de chacune et de chacun des cardiologues.
Un autre très important domaine de coopération avec les Sociétés Nationales est la réalisation de registres. Le reproche qui avait été formulé au programme Euro Heart Survey était « qu’il était conçu du sommet vers la base ». Dans le cadre d’une réforme amorcée sous le mandat du Professeur Roberto FERRARI, notre Président actuel, il est prévu de créer des structures qui impliqueront beaucoup plus étroitement d’une part les Sociétés Nationales auxquelles sera demandé de sélectionner les centres destinés à fournir des informations sur différentes pathologies, et les autres corps constitués que sont les Associations ou les groupes de travail qui devront assurer le pilotage scientifique de ces registres. Nous avons tout à gagner à cette réforme qui aura l’avantage à la fois d’impliquer l’ensemble des éléments constitutifs de la Société Européenne de Cardiologie, mais aussi assurera une meilleure représentativité de ce qui se passe en Europe.
Le dernier domaine de collaboration est l’établissement une plate-forme d’éducation avec pour objectif à terme d’arriver à une certification commune à l’ensemble des pays européens. Il s’agit là d’une démarche ambitieuse et certainement de longue haleine, mais il va de notre intérêt commun d’essayer de mettre en place ces outils tant pour la formation de cardiologie générale que pour la formation aux sous spécialités. Bien évidemment, une phase pilote s’impose afin d’évaluer la faisabilité d’un tel projet.
2) Développement de la Recherche Scientifique :
Un des points faibles de la Société Européenne de Cardiologie est son manque de visibilité dans le domaine de la Recherche Scientifique alors même que de nombreux pays européens ont leur propre programme de Recherche, souvent redondant, et que les collaborations intra européennes ne sont pas toujours à la hauteur des attentes.
C’est dans ce contexte que nous avons prévu de créer une Fondation de Recherche qui sera étroitement associée à la Société Européenne de Cardiologie. L’objectif est de faire émerger des réseaux d’excellence et de collaboration transnationaux et de fournir des fonds pour l’élaboration de ces réseaux.
Nous mesurons, compte tenu du contexte économique actuel, les difficultés à lancer une telle initiative mais il parait indispensable que notre Société Européenne s’investisse dans la Recherche Cardiovasculaire et joue un rôle de facilitateur transnational pour faire émerger des projets de grande envergure sur le vieux continent et dans les pays affiliés à la Société Européenne de Cardiologie. Dans ce domaine, des progrès sont à faire pour favoriser les recherches conduites par les jeunes chercheurs, cliniciens ou fondamentalistes, faciliter leur accès aux congrès annuels ou aux congrès de sous spécialités en leur offrant des conditions d’hébergement à tarifs réduits. De telles mesures incitatives permettront d’apporter un sang nouveau à notre Société et favoriseront la visibilité des travaux conduits par les jeunes générations de cardiologues et de chercheurs.
3) Visibilité de la Société Européenne de Cardiologie dans les médias :
En dépit d’effort notables effectués au cours des dernières années, la Société Européenne de Cardiologie reste d’une visibilité insuffisante à l’égard du grand public et des décideurs politiques. Sans doute cela est-il lié en partie au fait que notre Société est « une super structure » et que les relais médiatiques sont pour une large part effectués au plan national.
Il parait néanmoins nécessaire de renforcer la coordination de grandes actions médiatiques qui peut être effectuée au niveau de la Société Européenne de Cardiologie en partenariat étroit là encore avec les Sociétés Nationales afin de disposer des relais les plus efficaces pour faire passer les messages de prévention ou de traitement des maladies cardiovasculaires.
Les défis qui s’offrent à la Société Européenne de Cardiologie sont, on le voit, nombreux. Je n’ai cependant pas de doute que grâce à l’énergie et à l’enthousiasme manifestés par les membres du Board de l’ESC, de ses associations, de ses groupes de travail, de ses councils et avec l’aide des Sociétés Nationales nous continuerons à progresser afin d’assurer les meilleurs services éducatifs possibles à la communauté cardiovasculaire européenne et aux pays affiliés et, in fine, un meilleur service rendu aux patients.
Professeur Michel KOMAJDA
Président Elu de la Société Européenne de Cardiologie

